Cahier I · Le Go-To-Market

Le prix est le premier message

Vendredi, 17 heures. Le dossier est en balance depuis six semaines. Le commercial appelle : « ils signent à moins quinze ». Le directeur commercial arbitre en quatre minutes et valide. Quinze points de marge contre un contrat — c'est cher, mais le trimestre est là, et la décision est défendable. (La scène est composite : elle n'appartient à aucune entreprise en particulier, et tout comité de direction la reconnaîtra.)

Elle a été instruite comme une concession. C'était une déclaration.

Ce que le prix fait

En janvier 2008, quatre chercheurs publient dans PNAS le résultat d'une expérience : des sujets dégustent des vins sous imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, en croyant qu'il s'agit de vins différents vendus à des prix différents. Cinq vins sont annoncés, trois seulement sont réels : deux sont servis deux fois, une fois cher, une fois bon marché. Vingt sujets retenus pour l'analyse, une heure de scanner chacun.

Augmenter le prix affiché augmente le plaisir déclaré. Et augmente l'activité mesurée dans le cortex orbitofrontal médian — une région dont on considère largement qu'elle encode le plaisir éprouvé.

L'objection sur la taille de l'échantillon est la bonne — vingt sujets, c'est peu, et c'était courant en imagerie cérébrale en 2008. Elle a reçu sa réponse : en 2017, la même équipe réplique l'effet dans Scientific Reports, sur un protocole indépendant et un échantillon plus large — cinquante-quatre participants, trois vins annoncés à 3 €, 6 € et 18 €. Même résultat.

Ce n'est pas « le prix influence la perception de la qualité ». C'est plus dur, et plus précis : le prix ne modifie pas le jugement porté après coup sur l'expérience. Il modifie l'expérience.

L'auteure principale, Hilke Plassmann, est aujourd'hui professeure de marketing à l'INSEAD, où elle occupe la chaire Octapharma en neurosciences de la décision, et chercheuse principale à l'Institut du Cerveau de Sorbonne Université. Son laboratoire est à Fontainebleau. Ce n'est pas une curiosité californienne : c'est enseigné à une heure de votre bureau.

La limite — et pourquoi elle vous concerne

Il faut la poser tout de suite, parce qu'elle est réelle et qu'un lecteur avisé la trouvera seul.

Goldstein et ses coauteurs ont fait déguster des vins à l'aveugle à 506 personnes — plus de 6 000 dégustations au total. Chez les non-experts, la relation entre le prix et le plaisir est légèrement négative : les vins chers sont jugés un peu moins agréables. Le résultat a été répliqué. Et les mêmes vins, redégustés sans indication de prix, ne produisent plus de différence.

Le prix élevé ne rend donc pas le produit meilleur. Il rend l'expérience meilleure aussi longtemps que le prix reste présent à l'esprit de celui qui l'éprouve. Retirez l'information, l'effet disparaît.

Dans une dégustation, on oublie le prix. Dans un contrat, jamais. Il est au bon de commande, il est au budget de votre client, il est ressorti à chaque revue et à chaque renouvellement. Votre acheteur ne cesse pas une seule journée de savoir ce qu'il a payé.

La condition qui borne l'effet en œnologie est remplie en permanence dans votre marché. C'est le seul endroit du raisonnement où le B2B est un terrain plus favorable que le laboratoire, et il faut le dire : rien ici ne dépend d'une extrapolation généreuse. Le transfert d'un verre de vin à une ligne de production n'est pas acquis — l'expérience s'appelle plaisir chez l'un, risque perçu et qualité de service chez l'autre. Mais si le mécanisme tient, et rien n'indique pourquoi il cesserait ici, alors il ne tient pas moins fort chez vous. Il tient plus longtemps.

Retour au vendredi, 17 heures

La remise de quinze points n'a pas coûté quinze points de marge. Elle a coûté quinze points de marge et une révision à la baisse de ce que le client va éprouver du produit qu'il vient d'acheter — chaque jour, pendant toute la durée du contrat.

Le comité a arbitré le premier terme. Le second n'a été porté à aucun dossier. Il n'apparaît dans aucun tableau de bord. Il produit pourtant ses effets sur la satisfaction du contrat qu'on vient de gagner, sur le prix de référence du prochain, et sur ce que ce client dira de vous à son réseau.

Qui fixe réellement votre prix

Un comité de direction passe des semaines sur sa politique tarifaire. Grille, positionnement, marge cible, argumentaire de valeur. Le travail est sérieux et il est fait.

Puis un commercial accorde quinze points un vendredi à 17 heures, et il recommence le vendredi suivant.

Le marché ne lit pas votre grille. Il lit le prix de vos transactions. L'énoncé le plus lu de tout votre Go-To-Market — celui que le prospect rencontre avant votre discours, avant votre commercial, avant votre site — n'est donc pas prononcé par le comité de direction. Il est délégué, chaque semaine, à la personne la moins outillée pour en mesurer la portée, sous la contrainte la plus courte qui existe : la fin du trimestre.

Ce n'est pas une faute du commercial. C'est une faute d'instrument. On lui a donné un objectif de volume et une latitude de remise. On ne lui a jamais dit qu'il rédigeait.

Deux prix, deux lectures

Votre prix existe à deux endroits, et le marché ne les lit pas de la même façon.

Il y a le prix que vous affichez — grille, positionnement public, tarif de votre site, niveau auquel vous vous présentez. C'est ce que le marché voit de lui-même, sans rien vous demander. C'est ce que la démarche GTM NEXUS 360® observe : un prix affiché lisible, cohérent, tenu, alimente ce que le marché comprend de votre positionnement et de la valeur que vous revendiquez.

Et il y a le prix que vous pratiquez — la transaction réelle, la remise du vendredi, ce que le client paie vraiment. Celui-là, vous êtes le seul à le connaître : il est dans votre système, pas sur votre site.

L'écart entre les deux est le diagnostic. Quand le prix pratiqué s'éloigne durablement du prix affiché, vous n'avez pas un problème de marge — vous avez deux positionnements simultanés : celui que vous montrez au marché, et celui que vous concédez au cas par cas. Le marché finit par apprendre le second et par oublier le premier.

Retenez que votre taux de remise moyen ne dit rien : il se discute, il dépend du mix, de la concurrence, de la maturité des acheteurs. C'est sa dispersion — par segment, par commercial, par trimestre — qui parle. Elle se constate, et elle dit où votre discours de valeur ne tient pas. (Le chapitre 8 distinguera ce que ces chiffres internes vous apprennent de ce que la mesure, elle, observe dehors.)

La borne

Il faut refermer, sinon le lecteur le fera contre vous. Armor-Lux réalise environ 40 % de son activité en vêtement professionnel — c'est-à-dire sur appels d'offres, un marché où le prix est public, comparé, normalisé. Le marché Carrefour de 2026, cinq ans, environ 40 000 collaborateurs, prolonge une relation ouverte en 2014. Un marché de cette taille ne se remporte pas au moins-disant.

Si le prix émettait tout, il irait au moins cher. Il n'y va pas.

Le prix est le premier message. Il n'est pas le dernier — et un comité qui ne traiterait que lui aurait simplement remplacé un angle mort par un autre.

Le prix dit ce que vous valez. Il ne dit pas pour qui.

Sources du chapitre

  1. Plassmann, H., O'Doherty, J., Shiv, B., Rangel, A., PNAS, 105(3), 22 janvier 2008, p. 1050-1054 — doi:10.1073/pnas.0706929105. (20 sujets retenus, 21 recrutés dont 1 exclu).
  2. Schmidt, L. et al., « How context alters value », Scientific Reports, 7(1), 8098, 2017 — doi:10.1038/s41598-017-08080-0. (réplication, 54 participants).
  3. Goldstein, R. et al., « Do More Expensive Wines Taste Better? », Journal of Wine Economics, 3(1), 2008, p. 1-9 — doi:10.1017/S1931436100000523. (506 participants, 523 vins, 6 000+ dégustations).
  4. Armor-Lux — part du vêtement professionnel, marché Carrefour : presse économique, consolidé au chapitre 3.

Télécharger le PDF

Auto-diagnostic

Une auto-évaluation qui sert de base à nos échanges

Évaluez vos 5 dimensions PMF en 3 minutes pour identifier vos quick wins.

Accéder au questionnaire d'autodiagnostic
  1. 01Vous répondez à notre questionnaire en ligne (3 min).
  2. 02Nous analysons les données et les comparons à nos études sectorielles.
  3. 03Vous recevez un premier niveau d'analyse et nous en discutons lors d'un échange de 20 min.